La Principauté du Sealand [Micronations]

Le drapeau de la principauté du Sealand

Le drapeau de la principauté du Sealand

Cet été la rédaction de PlumesDeCaille.Info a décidé de vous faire voyager hors des frontières de Tostaquie.
D’où l’idée d’écrire une série d’articles sur les micro nations de par le monde, qui ont comme la Tostaquie  recherché leur indépendance sans toutefois acquérir une large notoriété.
Après la Principauté de Hutt River, la Principauté de Seborga et le Royaume de Fusa, l’article qui suit s’intéresse à celle qui est peut-être la plus romanesque des micro-nations : la Principauté de Sealand.

Paddy Roy Bates est né à Londres en 1921. D’abord militaire – il fait carrière jusqu’au grade de major – puis pécheur, il devient ensuite animateur de radio pirate.
De 1965 à la fin de l’année 1966, il anime la station pirate « Radio Essex ».
Afin d’échapper aux autorités britanniques, la radio émet depuis Knock John Tower, un « Fort Maunsell », c’est-à-dire une plateforme de défense maritime érigée par la Grande-Bretagne durant la seconde guerre mondiale.
Sa station devient la première radio pirate à émettre 24 heures par jour, ce qui lui vaut une belle popularité.

Et des ennuis.
Poursuivi par les autorités pour ses émissions illégales, Bates change le nom de sa station qui devient « Britain’s Better Music Station» (BBMS) à compter de 1966.

La station cesse d’émettre faute d’argent à Noel 1966.

Le fort

Le fort « Knock John »

Loin d’être découragé par cet échec, Paddy Roy Bates décide de faire mieux à l’avenir.
En 1967, il se rend avec sa famille à Fort Roughs ; une plate-forme de défense militaire construite par l’armée Britannique à la même période que Knock John Tower.

Durant la seconde guerre mondiale, Fort Roughs a été conçue pour héberger jusqu’à 300 personnes, un équipement radar, deux mitrailleuses 15 mm, et deux canons antiaériens de 40mm.
Contrairement à Knock John Tower, Fort Roughs présente l’intérêt de se trouver hors des eaux territoriales britanniques ce qui permet à Bates d’espérer échapper à la loi britannique.

Paddy Roy Bates se rend à Fort Roughs en compagnie de sa famille et de Ronan O’Rahilly, qui anime une autre station pirate : Radio Caroline.
La cohabitation ne dure pas. Chassé de l’ile par Bates, O’Rahilly tente d’y revenir par la force, mais il est contraint à la fuite après avoir essuyé les tirs de Bates et des jets de cocktails molotov.

En 1967, la Grande Bretagne pense avoir trouvé la parade pour lutter contre les émissions depuis les eaux territoriales lorsqu’elle adopte le « Marine Broadcasting Act » qui interdit aux citoyens britanniques de travailler pour des radios pirates.
Mais, désormais seul maître des lieux, Paddy Roy Bates rebaptise la plate-forme « Principauté du Sealand », proclame son indépendance le 2 septembre 1967 et reprend le cours de ses émissions, non sans effectuer des travaux destinés à rendre le fort habitable.

En 1968, le Golden Eye, un bateau de la marine britannique qui navigue en direction de Fort Roughs afin d’y réaliser des travaux est accueilli par des coups de semonce tirés depuis le fort par le fils du « Prince Roy », Michael.
Le « Prince Régent Michael », qui justifie les coups de feu par l’intrusion d’étrangers dans ses « eaux territoriales », est convoqué par la justice Anglaise.

Mais les poursuites n’aboutissent pas.
En 1968 le tribunal de Chelmsfort dans l’Essex se considère incompétent pour juger des faits survenus en dehors des eaux territoriales britanniques.

Convaincu que cette décision reconnaît son bon droit, le Prince Roy promulgue une constitution du Sealand le 25 septembre 1975 puis se dote d’une devise «E Mare Libertas», d’un drapeau, d’un hymne et d’une monnaie le « dollar de Sealand » frappé du portrait de son épouse.

Alexander Achenbach, un entrepreneur Allemand propose à Bates de transformer le Sealand en un luxueux hôtel doté d’un casino. En échange, il est fait citoyen du Sealand et nommé premier ministre à vie.
En Aout 1978, Achenbach profite d’un voyage du Prince Roy et son épouse Joan en Angleterre pour s’emparer de Fort Roughs avec l’aide de mercenaires allemands et hollandais munis de jets-skis, et d’hélicoptères.
Le fils de Roy Bates, Michael, est pris en otage.

Le « Prince Roy » ne se laisse pas impressionner et organise un raid sur la plate-forme. Muni d’un fusil mitrailleur, il se fait hélitreuiller avec ses hommes depuis un hélicoptère d’assaut.
Pris par surprise, les occupants prennent la fuite avec leur otage qui sera relâché quatre jours plus tard.
Achenbach est capturé durant l’assaut et condamné par le Prince à la prison à vie.

Le gouvernement Allemand adresse une demande officielle à la Grande-Bretagne afin que celle-ci prenne les mesures pour libérer Achenbach.
Cette dernière refuse, et s’abrite derrière le jugement rendu en 1968 qui rappelle que Sealand est en dehors de ses eaux territoriales, ce qui force à envoyer des diplomates négocier la libération de son ressortissant.

Finalement libéré, après de longues semaines, Achenbach forme un gouvernement en exil en Allemagne et fait frapper sa propre monnaie.
Le site internet de ce « gouvernement en exil » est administré par le successeur  désigné d’Achenbach : Johannes Seiger qui continue de clamer qu’il représente l’autorité légitime du Sealand et fait également frapper sa propre monnaie.

La monnaie du gouvernement

La monnaie du gouvernement « en exil » frappée du visage de Johannes Seiger

A compter de 1999, le fils de Roy Bates assume la « régence », tandis que son père, âgé, part vivre en Espagne en compagnie de son épouse.
Le 4.03.2004, le club danois de Vestbjerg représente pour la première fois la Principauté du Sealand durant un match international de football.
L’équipe nationale de football du Sealand n’est ni membre de la FIFA, ni de l’UEFA, mais appartient à la Confédération des nouvelles fédérations européennes (CNFE) et à la «Nouvelle Fédération-Board ».

En 2007, le prince Michael est contraint de quitter l’ile à la suite d’un incendie. Il annonce la mise en vente du Sealand pour dix millions de livres sans toutefois renoncer à ses droits héréditaires à la couronne.
La même année, le site internet The Pirate Bay » lance une souscription afin de réunir 2 millions d’euros afin d’acquérir la plate-forme, mais se heurte à un refus du prince Michael avant même d’avoir pu faire effectivement une proposition.

Une vue de la Principauté après l'incendie

Une vue de la Principauté après l’incendie

Il faut dire que la principauté ne manque pas de ressources puisqu’elle vend sur son site internet différends objets souvenir et des titres de noblesse.
Si un titre de Comte est facturé pas moins de £199, le titre de chevalier ne coute que £99 : une affaire !
Le « Prince » Paddy Roy Bates s’est éteint le 11.10.2012 à l’âge de 91 ans.
Son fils lui a succédé et entend bien que son propre fils devienne un jour le troisième Prince du Sealand.

Bien que jamais officiellement reconnue, Sealand prétend à une reconnaissance de fait. Selon les représentants du Sealand, entre 1981 et 1994 huit ambassades de pays différents, dont la Belgique et l’Autriche auraient accordé 27 visas d’entrée aux diplomates de la principauté.

La communauté internationale persiste officiellement à contester qu’une île artificielle puisse être considérée comme un territoire souverain.

Même si sa population reste dérisoire – elle oscille entre un et vingt habitants – le statut unique de la plate-forme la replace régulièrement sous le feu des projecteurs.
En Janvier 2012, des rumeurs persistantes faisaient état d’une volonté du site Wikileaks de vouloir abriter ses serveurs dans la Principauté…

Si l’opération ne s’est en définitive pas réalisée, ces rumeurs ne sont pas totalement infondées.

En effet, elles s’inscrivent dans une démarche bien réelle : la volonté du Sealand de devenir, avec le soutien de la société Havenco, un véritable paradis pour les données : une sorte de « banque suisse »… mais à destination des serveurs informatiques.

Bibliographie :

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Forts_Maunsell
  2. http://illinoislawreview.org/wp-content/ilr-content/articles/2012/2/Grimmelmann.pdf
  3. http://www.leparisien.fr/international/le-prince-de-la-micronation-du-sealand-est-mort-11-10-2012-2221151.php
  4. http://www.sealandgov.org/
  5. http://www.vice.com/fr/read/le-prince-du-sealand
  6. http://www.fruitsofthesea.demon.co.uk/sealand/
  7. https://en.wikipedia.org/wiki/Principality_of_Sealand
  8. http://www.smh.com.au/news/world/for-sale-worlds-smallest-country/2007/01/08/1168104905597.html
  9. http://arstechnica.com/tech-policy/2012/03/sealand-and-havenco/
  10. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quipe_de_Sealand_de_football
  11. http://www.sealandgov.org/title-packhttp://principality-of-sealand.eu/nix.html (gouvernement du Sealand en exil)
  12. http://en.numista.com/catalogue/pieces24525.html (monnaie du gouvernement du sealand en exil)
  13. http://www.damninteresting.com/the-history-of-sealand/
  14. http://en.wikipedia.org/wiki/HM_Fort_Roughs
  15. http://www.cabinetmagazine.org/issues/18/newfoundlands.php
  16. http://www.telegraph.co.uk/news/obituaries/royalty-obituaries/9602837/Prince-Roy-of-Sealand.html
  17. http://www.foxnews.com/tech/2012/01/31/exclusive-wikileaks-to-move-servers-offshore-sources-say/
  18. http://www.20minutes.fr/high-tech/133840-High-Tech-Sealand-ne-veut-pas-se-vendre-a-des-pirates.php
  19. http://www.liberation.fr/monde/0101141068-a-sealand-le-prince-de-la-mer-trone-sur-une-plate-forme-il-y-a-28-ans-roy-bates-a-proclame-l-independance-de-son-ile
  20. http://evolueren3emedivision.over-blog.com/2-index.html
  21. http://news.bbc.co.uk/2/hi/5110244.stm

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